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Privation de logement : quelle ampleur ?

  • 16 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Les logements ordinaires constituent la maille de base du système statistique public. Par conséquent, les personnes privées de logement stable et personnel sont mal comptabilisées. Des faisceaux d’indices jettent un regard partiel sur leur situation : domiciliation proposée par les Centres communaux d’action sociale, appels reçus par les services intégrés d’accueil et d’orientation, activités des associations et centres d’hébergement, etc. Installer les personnes dans un parcours résidentiel digne et durable est un défi croissant, compte tenu des blocages globaux de la chaîne du logement.

Date de publication : 16 février 2026


Comment mesurer la privation de logement ?

D’après l’Insee, une personne est dite sans domicile si elle a passé la nuit précédente dans un lieu non prévu pour l’habitation ou dans un service d’hébergement (hôtel ou logement payé par une association, chambre ou dortoir dans un hébergement collectif, lieu ouvert en cas de grand froid). Dans sa dernière enquête en date (2012), l’Insee a relevé 143 000 personnes sans-domicile en France métropolitaine. Relancée en mars 2025, l’enquête inclut désormais des dispositifs pour demandeurs d’asile et des maraudes associatives. La Nuit de la Solidarité organisée en janvier 2019 a permis une première estimation du nombre de personnes sans abri dans l’agglomération grenobloise, incluant les personnes à la rue, en squat et bidonville, ou mises à l’abri par l’institution (établissements de santé, hébergements d’urgence et d’insertion, logements adaptés), soit 1 760 personnes. Les familles avec enfants sont surreprésentées dans les structures d’hébergement d’urgence, mais restent relativement invisibles du décompte global des personnes sans domicile fixe, notamment par leur recours à l’hébergement chez des tiers.

Ce phénomène d’hébergement chez des tiers pour les personnes en situation de précarité s’observe aussi chez une partie des allocataires du RSA puisque parmi les 12 818 allocataires du RSA de la région grenobloise, 19 % sont hébergés à titre gratuit par des particuliers. 6 % sont considérés comme sans domicile fixe (soit 781 allocataires), seulement 3,6 % sont propriétaires.


Les demandes au 115, numéro d’urgence

Les ménages sans domicile ou en situation de mal-logement peuvent appeler le 115, numéro d’urgence et plateforme de premier accueil pour les personnes sans-abri. Le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) de l’Isère relève que la commune de Grenoble concentre 75 % des demandes d’hébergement d’urgence en Isère et plus de 90 % des demandes de la Métropole. En 2022, à Grenoble, ce sont 3 280 ménages qui ont effectué une demande au 115, près de 30 % sont des familles avec enfant(s). Les familles sont ainsi sur-représentées parmi les demandes, par rapport à l’ensemble des ménages grenoblois. Parmi ces 949 familles, la moitié sont des familles monoparentales. 1 930 mineurs sont concernés par une demande d’hébergement d’urgence, dont un tiers est âgé de moins de 4 ans.


La domiciliation au CCAS en forte hausse

Le dispositif de domiciliation s’inscrit dans les missions des CCAS. Les personnes sans domicile stable mais ayant un lien avec la commune disposent ainsi d’une adresse administrative reconnue par tous les organismes, rendant possible des démarches d’accès aux droits. La domiciliation permet d’approcher le nombre de personnes en grande précarité vis-à-vis du logement, car elle inclut à la fois les personnes à la rue, celles logées en structures d’hébergement, chez des tiers, ou encore en squat et campement.

Le CCAS de Grenoble enregistre une forte augmentation de son nombre de boîtes aux lettres : en 2025, 3 425 boîtes aux lettres étaient actives au CCAS de Grenoble, soit près de 4 800 bénéficiaires de la domiciliation , en prenant en compte les ayants-droits des personnes domiciliées. Deux tendances simultanées expliquent l’augmentation de 70 % depuis 2020 : d’une part le flux continu de nouvelles demandes, d’autre part une inscription de plus en plus longue des personnes domiciliées, soulignant l’ancrage de ces personnes dans la précarité et leur difficulté d’accès à un logement stable et personnel.







La majorité des personnes domiciliées sont des hommes seuls (58 %), mais les effectifs de familles avec enfant(s) augmentent puisque leur nombre a été multiplié par deux depuis 2019 pour atteindre 800 ménages avec enfant(s) fin 2022 et représenter 25 % des boites aux lettres. Le nombre de jeunes âgés de 18 à 25 ans concernés augmente également, et plus rapidement que le reste des domiciliés : + 78 % entre 2019 et 2022, avec 630 jeunes en 2022. Une grande majorité des domiciliés sont hébergés chez un tiers (40 %), ou en structure d’hébergement (31 %). 13 % se déclarent sans domicile fixe et 12 % habitent en squat ou campement. Une grande majorité des personnes domiciliées au CCAS de Grenoble sont sans ressources.


De la rue au logement, des parcours marqués par les difficultés

Plusieurs solutions d’hébergement sont proposées par le CCAS de Grenoble à destination des ménages en détresse sociale et privés de domicile personnel. En 2024, 300 personnes ont été accueillies en hébergement d’urgence, pour une mise à l’abri temporaire des ménages dépourvus d’un chez-soi décent et participer à la résorption des squats et bidonvilles. 40 personnes avec des problématiques de santé importantes ont bénéficié de places au sein d’établissements « santé précarité » et 150 personnes ont été logées en hébergement d’insertion, visant une mise à l’abri et l’accès aux droits des ménages, avec un accompagnement autour d’un projet de vie et vers un logement durable. Le départ de ces différents établissements vers des solutions de logement durable, après stabilisation de la situation sociale, administrative, voire de santé de la personne constitue le principal objectif de ces dispositifs d’hébergement.

Néanmoins, la précarisation des situations et leur complexité (cumul de fragilités, situation administrative complexe, problématiques de santé mentale, barrière de la langue, etc.), ainsi que la difficulté d’accès aux droits, aux soins, ou encore aux démarches administratives (délais d’attente, dématérialisation, etc.) rend de plus en plus difficile la sortie « positive » des ménages, et l’on assiste à un allongement de la durée moyenne de séjour des personnes au sein de ces structures. Même lorsque la situation d’un ménage est stabilisée et que le projet d’une sortie vers un logement ordinaire devient possible, l’allongement des délais d’attente vers une solution de logement social (saturation de l’offre dans le parc social) freine sensiblement la sortie des ménages : c’est toute la chaîne « de la rue au logement » qui s’en trouve embolisée. En 2024, le CCAS de Grenoble compte 145 personnes ayant quitté ses hébergements, dont 60 vers un logement ordinaire.

















© Grenoble Alpes Métropole Clara Goubault
© Grenoble Alpes Métropole Clara Goubault

























Impayés de loyers : l’enjeu du maintien dans le logement

Au 31 décembre 2024, la Caf de l’Isère dénombre près de 3 500 bénéficiaires métropolitains de l'allocation logement Caf en situation d’impayés de loyer, pour 380 allocataires au sein du Pays Voironnais et 245 dans le Grésivaudan. En moyenne, et en lien avec le coût des loyers, les montants d’impayés sont plus élevés dans les communes urbaines : 1 840 € au sein de la Métropole , contre 1 500 € en Pays Voironnais et 1 700 € pour le Grésivaudan. Les signalements d’impayés de loyer auprès de la Caf proviennent essentiellement des bailleurs publics. Si pour l’ensemble des 4 047 allocataires logement en situation d’impayé de loyer, figurent une majorité de personnes vivant seules (43 %), ce sont les familles monoparentales qui arrivent en deuxième position avec 29 %, devant les couples avec enfant(s) à 22 %.



























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