Précarité énergétique : un sujet brûlant
- Caroline Leroy

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Suivie par l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), la précarité énergétique résidentielle touche un ménage sur huit en Isère et fragilise leur quotidien. Si des aides existent, elles restent souvent méconnues. Face à la hausse des prix et aux nouvelles règles, la question devient cruciale pour l’avenir du logement et les conditions de vie de ses habitants.
Date de publication : 12 janvier 2026

Qui est concerné ?
Donnée par l’ONPE, la définition financière de la précarité énergétique retient le seuil de 8 % du budget annuel consacré à l’énergie. En Isère en 2021, plus de 70 000 ménages vivent cette situation, soit 13 % de la population. 13 % des métropolitains sont concernés, pour 10 % des ménages du Pays Voironnais et du Grésivaudan (ONPE, 2021). Au-delà de la dimension financière, la réalité est plus complexe : certains ménages renoncent au chauffage, d’autres composent avec des logements vétustes, des arbitrages financiers délicats, des déplacements quotidiens ou fréquents onéreux.
Du poids de l’énergie dans le budget à la difficulté de régler les factures
Pour 83 % des foyers métropolitains interrogés en 2023, l’énergie pèse de manière « très importante » ou « plutôt importante » dans le budget, après l’alimentation (enquête WoGeC-IBEST, GEM). Dans les quartiers prioritaires, 85 % partagent ce constat, devant la santé et les transports selon les sondages de l’enquête Vie quotidienne des habitants. En 2024, 42 % des habitants déclarent se restreindre sur leurs dépenses d’énergie (enquête inégalités socio-environnementales, GEM). 15 % des personnes interrogées ont eu du mal à régler leurs factures énergétiques au cours des 12 mois précédents. Les écarts sont marqués selon le statut : 27 % des employés peu qualifiés, 19 % des inactifs, contre 8 % des cadres.

Des aides encore méconnues mais de plus en plus sollicitées
Les aides publiques restent sous-utilisées : le chèque énergie est connu de 44 % des habitants, le certificat d'économie d'énergie de 12 %. L’action des CCAS ou associations est encore plus confidentielle. Faute d’information, beaucoup ne sollicitent rien, notamment les jeunes et les plus précaires. Pour lutter contre ce non-recours, certaines structures proposent de l’aller-vers et mènent des visites socio-techniques à domicile ou des accompagnements personnalisés. À l’échelle métropolitaine en 2024, l’enquête inégalités socio-environnementales fait ressortir que les ménages modestes et les moins diplômés sont davantage exposés à la chaleur, au froid ou à l’humidité que le reste de la population, mais semblent moins en capacité de s’adapter.

Deux tiers des métropolitains déclarent pourtant un besoin de travaux de rénovation énergétique à leur domicile, notamment l’isolation. Parmi les principales limites, au-delà du coût, figurent le statut de locataire et la structure en copropriété, des aspects également cités dans l’enquête de l’Agence départementale d’information sur le logement (ADIL) de 2023. Ceux qui souffrent le plus d’inconfort thermique sont précisément ceux qui ont le moins de leviers (financiers, juridiques, temporels) pour agir. Malgré la faible notoriété des dispositifs, les demandes d’accompagnement progressent. Le pôle inclusion financière de la Ville de Grenoble observe une hausse continue de 2022 à 2024. Cette dynamique s’explique par l’inflation, la persistance de situations de précarité et l’arrivée de nouveaux publics fragiles, comme les propriétaires occupants modestes, longtemps peu repérés par les services sociaux.

Un contexte réglementaire en évolution
La loi Climat et résilience prévoit l’interdiction de louer des logements, sociaux comme privés, aux DPE notés F à l'horizon 2028 et G depuis 2025. L’application de cette mesure vise à réduire la précarité et à inciter à la rénovation, mais risque aussi de provoquer de la vacance, d’accentuer les tensions du marché locatif, notamment pour les logements étudiants ou privés à vocation sociale avec, en effet report, une tension accrue sur le parc social. S’y ajoutent la raréfaction des ressources planétaires et la volatilité des prix de l’énergie, autant de facteurs accentuant la vulnérabilité des ménages.





