De la compétition au loisir, en club ou en autonomie : la pratique du sport fait bouger les lignes

Pierre ARNAUD, professeur agrégé à l'Université Grenoble Alpes (UGA), spécialiste des institutions et politiques sportives

 

TYPOLOGIES DES PRATIQUES

Les pratiques physiques et sportives se sont longtemps concentrées autour d'un triptyque « jeune / associatif / compétition ». Aujourd'hui, les manières de faire du sport se sont largement renouvelées. On observe notamment :

> une segmentation des pratiques qui ne se fait plus en fonction de l'âge : jeunes, adultes et seniors sont sportifs à tous les âges,
> une diversification des manières de faire du sport : les clubs restent présents mais on pratique aussi en structures commerciales
ou de manière autonome,
> un éclatement des raisons qui poussent à pratiquer : au-delà de la compétition, santé et bien-être, spectacle ou tourisme, constituent des motivations fortes.

Ces tendances concernent tous les publics, quels que soient leur âge ou leur situation sociale. Approcher cette diversité n’est pas chose aisée, et de nombreuses études ont été menées ces dernières années1 pour tenter d’en avoir une vision plus précise. Par souci de commodité, l’analyse des pratiques physiques et sports, s'est appuyée sur trois typologies de pratiques :
> les pratiques historiques, celles qui ont fondé la pratique physique et sportive en France,
> les pratiques nouvelles qui explosent à la fin des années 90,
> les pratiques émergentes, porteuses d’autres enjeux.
Est ajouté à cette grille de lecture, le cas particulier que constitue l’événementiel sportif. Cette typologie, loin d'être unique, est une invitation à porter un autre regard sur le sport.

1Le lecteur peut consulter l’enquête sur la pratique des activités physiques et sportives en France publiée en 2015 par le Ministère chargé des sports et
l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance : http://www.sports.gouv.fr/organisation/publication-chiffres-cles/Statistiques/STAT-INFO/
article/Pratique-sportive

Les pratiques historiques

École et compétition : les 2 piliers fondateurs de la pratique sportive

Au long du XXème siècle, les pratiques physiques et sportives se développent prioritairement au sein de deux institutions : le milieu scolaire, à des fins d’éducation dans le cadre des cours d’Éducation Physique et Sportive, et le mouvement associatif et fédéral, à des fins de compétition, mais aussi de bien-être et de délassement, dans le cadre d’entraînement et de rencontres sportives. Ces pratiques restent aujourd’hui très prégnantes comme en témoignent les chiffres disponibles à l’échelle nationale.
À l’échelle nationale, le milieu associatif et fédéral compte 15,7 millions de licenciés dans les 115 fédérations agrées par l’État, auxquels il faut ajouter 1,8 millions d’ATP (Autres Types de Participation), soit un total de 17,5 millions d’individus.
C’est ainsi que plus d’un français sur quatre est inscrit dans un club sportif. Plus du tiers de ces clubs sont non compétitifs et un sur cinq propose de la compétition uniquement au niveau départemental. Des sports très classiques comme l’athlétisme ou le rugby cotoient de nouvelles pratiques comme la slackline ou l’ultimate, en passant par la gymnastique volontaire ou le taï-chi-chuan. La palette est étendue et révèle une grande diversité de raisons de pratiquer.

L’Éducation Physique et Sportive concerne, quant à elle, dans le cadre scolaire, environ 12 millions d’élèves pour lesquels la pratique est obligatoire (6,7 millions dans le 1er degré et 5,3 millions dans le 2nd degré) ou facultative (2,7 millions d’élèves licenciés au sein des fédérations scolaires et universitaires dont 800 000 pour l’USEP2, 1 050 000 pour l’UNSS3, 750 000 pour
l’UGSEL4, 95 000 pour la FFSU5). L’Université revendique environ 20 % de sportifs dont la pratique n’est obligatoire que pour une infime partie (écoles d’ingénieurs essentiellement). Il convient d’y rajouter les Écoles Municipales des Sports et autres actions organisées par les mairies dans le cadre des activités péri et extrascolaires.

Les pratiques nouvelles

Vers une pratique plus individuelle et de bien-être

Les années 80 marquent une rupture dans les formes de pratiques physiques et sportives, prenant en compte d’autres valeurs que celles du modèle sportif de compétition, notamment autour du bien-être personnel et de la santé : la tertiarisation du travail, l’allongement de la durée de vie, la baisse du temps de travail ou encore une “contre-culture” (changer sa vie plutôt que changer le monde) expliquent certainement des évolutions qui s'expriment aujourd’hui dans deux principaux types de pratiques.

Les pratiques de remise en forme ont majoritairement lieu dans un cadre commercial : au niveau national, les estimations oscillent entre 4 et 5 millions de personnes (soit 6 à 8 % de la population française) inscrites aujourd’hui dans une salle de remise en forme. Cet engouement montre qu'au-delà de l’effet de mode, on constate une véritable évolution de la pratique sportive. Les activités de remise en forme offrent des prestations très diverses, du low-cost au sur-mesure, mais répondent toutes à une préoccupation de santé et de condition physique, de bien-être mental et social. Elles permettent aussi une gestion plus personnalisée de son temps avec des offres de créneaux horaires sur l’ensemble de la journée et de la semaine, ce que ne peut pas toujours offrir le milieu associatif et son bénévolat.


Les pratiques autonomes, elles, sont fondées sur la volonté de faire du sport quand on veut, avec qui et où l’on veut, sans contrainte de calendrier ou de fonctionnement associatif. Elles se pratiquent dans le cadre d’équipements sportifs dédiés comme les piscines ou dans les espaces urbains ou naturels. Environ 34 millions de Français de plus de 15 ans disent avoir fait une activité physique ou sportive au moins une fois par semaine dans les 12 mois écoulés, dont 21,5 millions (63 %) en dehors de tout cadre institutionnel.
La métropole grenobloise représente un bel exemple de ces pratiques : son environnement naturel et montagnard ainsi que la sociologie de sa population expliquent en grande partie cela.

Les pratiques nouvelles

Les pratiques nouvelles

Faire du sport, un mode de vie et d’engagement

Les pratiques nouvelles

Les pratiques nouvelles

Les pratiques nouvelles

Aujourd’hui c'est une autre dimension du sport qui émerge. Les enjeux de santé et d’environnement d’une part, de développement du territoire d’autre part, sont beaucoup plus prégnants. La pratique physique et sportive personnelle devient clairement un moyen au service d’enjeux sociétaux et territoriaux.


Le sport au quotidien s’inscrit dans le temps journalier pour se rendre sur le lieu de travail ou faire ses courses, dans le cadre de modes doux de déplacement alliant marche, vélo et transports en commun. Les enjeux sociétaux sont ici déterminants : le coût social de la santé, et la problématique environnementale notamment, invitent à repenser la pratique physique et sportive comme un facteur essentiel de son bien-être personnel et d’un développement respectueux de l'environnement. Le coeur du territoire métropolitain s’inscrit pleinement dans cette dynamique avec une pratique du vélo répandue et en augmentation.

Le tourisme et les voyages sportifs regroupent les activités physiques et sportives réalisées à l’occasion des vacances, petites ou grandes. 2,4 millions de Français disent faire du sport pendant leurs vacances ou les organiser dans cette perspective.
Au-delà de ces pratiques souvent familiales ou amicales, il y a un véritable enjeu économique de développement du territoire lui donnant de la lisibilité et de l’attractivité. La métropole grenobloise joue résolument cette carte, le pari du trail dans la Chartreuse ou le Vercors, en sont le témoignage.

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