Une culture résistance et engagée

Olivier Cogne, directeur du Musée Dauphinois, service culturel du Département de l’Isère, précédemment directeur du Musée de la Résistance, de la Déportation - Maison des Droits de l’Homme et Alice Buffet, directrice du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère - Maison des Droits de l’Homme.

Fondé en 1966, le musée isérois est l’un des premiers consacré à la Résistance et à la Déportation en France. D'abord musée associatif, né de l’implication d'enseignants et d'associations d'anciens résistants et déportés, il est devenu départemental à l’occasion du cinquantenaire de la Libération. Son équipe scientifique permanente assure une action culturelle qui s’adresse à plus de 9 000 élèves isérois par an, pour une fréquentation annuelle supérieure à 30 000 visiteurs.

Une muséographie participative
 

Les équipes du musée mènent un travail spécifique avec les acteurs locaux, dans un principe de muséographie participative. L’objectif est d’impliquer la population de l’Isère au-delà des experts universitaires ou responsables culturels par le biais souvent du tissu associatif
: associations du monde combattant ou résistant, de défense des Droits de l’Homme, d’échanges interculturels, d’historiens amateurs, etc. Il y a un travail sur la « petite » histoire pour alimenter la grande Histoire, une démarche d’ouverture qui a vocation à s’adresser à
chacun. L’enjeu est de montrer comment cette mémoire portée par le musée trouve écho dans les phénomènes actuels ; comment les événements d’aujourd’hui, ici ou ailleurs, entrent en résonance avec le passé. Cela s’est renforcé par le projet de Maison des Droits de l'Homme qui fait désormais partie intégrante du musée. L’exil, les dictatures, les résistances, les crimes de masse, les génocides sont sans cesse questionnés.



 

L’urbanisation des années 60

Les années 60 sont une autre période d’importance : on prépare la venue des Jeux olympiques et le développement de la ville au Sud, avec une « ville neuve » et de nouvelles infrastructures.

Dans les années 60, sur le campus, se sont construits de beaux édifices avec cette typicité du galet-roulé :
du béton avec des galets ronds du Drac. Et le premier symposium de sculpture, en 1961, a permis la venue d’artistes extrêmement importants dont Calder évidemment qui a produit 3 oeuvres. L’agglomération grenobloise est probablement celle qui compte le plus d’oeuvres d’art contemporain dans son espace public.

Deux constructions importantes s’implantent dans le parc Paul Mistral :
> Le palais des sports, est le premier bâtiment à voile de béton, le pendant du CNIT4 à Paris. : il s’agit d’une prouesse technique, d’un chef d’oeuvre architectural, massacré par les abords aménagés avec des escaliers et des grilles alors qu’il était conçu comme une aile de béton émergeant de la pelouse.
> La nouvelle mairie de Grenoble, conçue par Maurice Novarina, est un bâtiment extraordinaire par la qualité de ses finitions.

Une ville vivante, pas une ville musée

On ne pense pas que Saint-Martin-d’Hères est une ville dotée en art contemporain or, sur le campus, il y a des oeuvres extraordinaires. Comme à Gières. Il y a peu d’édifices qui sont des lieux-musées ou des lieux-phares, sujets à carte postale, mais on a une culture, un savoir-faire diffus, qui font partie de la vie.

On a toujours l’idée que Grenoble est une ville sans architecture, sans culture… il y a quand même un centre national d’art contemporain extraordinaire. La maison de l’architecture de l’Isère est une association de promotion et de diffusion de la culture architecturale très active. Elle a un vrai savoir-faire et intervient au-delà de Grenoble.

L’architecture fait rayonner notre territoire

On n’imagine guère que notre architecture locale soit facteur de rayonnement. Et pourtant : il suffit, pour le constater, de lire les revues. J’ai le sentiment qu’une école de Grenoble est en train de naître en matière d’architecture, portant le souci des matériaux, de l’architecture de montagne et de la terre. Le laboratoire Craterre est un centre mondial de construction en terre crue. Il y a un côté « culture constructive » mais avec le souci d’une mise en oeuvre adaptée pour l’avenir. S’il n’y a pas de style, il y a peut-être un mode de pensée qui est particulièrement performant à Grenoble et dans l’agglomération.

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