Pauvreté, précarité : derrière les mots, des situations de vie

Pauvreté, précarité, fragilité, vulnérabilité, exclusion, grande pauvreté, misère… La terminologie est particulièrement dense pour désigner les formes de dénuement et l’instabilité des conditions de vie. Les nombreux termes utilisés témoignent du caractère multidimensionnel de ces phénomènes, soulignant à la fois l’absence d’accès à des conditions de vie considérées comme décentes, l’exclusion sociale ou l’incertitude face aux aléas de l’existence.

 

La caractérisation et la mesure de ces phénomènes dépendent donc de la définition et de la focale choisies. L’action publique, associative ou privée, de la même manière, ne se déploie pas sous les mêmes formes ni avec les mêmes objectifs selon la notion considérée. Sommairement, on peut dire par exemple que les minima sociaux tendent à limiter la pauvreté monétaire, tandis que les aides en nature distribuées par les associations cherchent à compenser l’absence de moyens matériels d’existence.

Il semble que la notion de précarité soit celle qui englobe le moins imparfaitement l’ensemble de ces enjeux : dans le langage commun, elle peut être sociale, économique, financière, énergétique, mettant en évidence la pluralité des dimensions d’exclusion. Entendue au sens d’instabilité, elle renvoie à « l’absence d’une ou plusieurs des sécurités » permettant d’exister en tant qu’individu social. Il s’agit ainsi de souligner la fragilité des revenus et des positions sociales. […]

La pauvreté monétaire

La pauvreté s’entend communément, de manière restrictive, comme l’absence ou l’insuffisance de ressources monétaires. Cependant, même au sein de cette définition ordinaire, plusieurs approches peuvent être considérées :

  • Une approche absolue qui s’appuie sur un seuil de ressources fixe englobant les besoins primaires (se nourrir, se vêtir, se loger) et permet les comparaisons internationales : c’est notamment le cas du seuil de 1,90 dollar par jour défini par la Banque mondiale, en dessous duquel les personnes sont considérées vivre dans une extrême pauvreté. En utilisant ce seuil absolu, on observe que 10 % de la population mondiale est concernée par l’extrême pauvreté. Cette approche demeure plus pertinente pour aborder la question de l’extrême pauvreté dans les pays dits « en développement ».

  • Une approche relative qui mobilise un seuil de ressources cette fois défini par rapport aux conditions de vie d’une population donnée. Cette approche est celle qui est le plus souvent utilisée en France et dans l’Union européenne, avec le seuil de 60 %, 50 % voire 40 % du niveau de vie médian.

  • Une approche administrative qui considère comme pauvres les personnes bénéficiant des prestations visant à atténuer la pauvreté comme les minima sociaux (revenu de solidarité active, allocation adultes handicapés, allocation de solidarité aux personnes âgées, complémentaire santé solidaire, etc.), en fonction d’un plafond de niveau de revenu.

  • Une approche ressentie qui consiste à interroger les personnes sur leur perception de la pauvreté et de leur propre positionnement dans l’échelle des ressources et des conditions de vie. À l’échelle nationale, cette notion fait l’objet d’une mesure annuelle au travers du baromètre du Secours populaire réalisé par Ipsos. En 2020, le seuil de pauvreté subjectif s’élève ainsi à 1 228 euros nets par mois pour une personne seule du point de vue des Français-es interrogé-es, soit environ le niveau du SMIC et davantage que le seuil de pauvreté relative utilisé par l’Insee.

 

La pauvreté en conditions de vie

Les données relatives aux revenus fiscaux, si elles ont le mérite de rendre la comparaison possible entre les territoires, les tranches d’âge et les compositions familiales, demeurent partielles pour rendre compte des situations de pauvreté. Outre le fait qu’elles ne permettent pas d’observer les revenus des populations les plus précaires, inconnues des services fiscaux, elles ne donnent pas à voir les conditions de vie concrètes des ménages à faible niveau de revenus. Elles n’abordent pas par exemple les déséquilibres budgétaires potentiels et les privations en termes d’accès aux biens et services que l’on peut estimer essentiels au regard du niveau de vie général de la population. Mesurer la pauvreté en conditions de vie revient à s’intéresser à ces déséquilibres et privations vécues par les ménages.