L’isolement, une problématique lourde difficilement mesurable

Près d'un habitant de 80 ans ou plus sur deux vit seul

Légende. ©source

Annie Mollier

Ingénieure d’études, PhD, Chercheure associée UMR Pacte, Université Grenoble Alpes

 

Catherine Gucher
Catherine Gucher
Sociologue-Maître de conférences HDR, UMR Pacte, Université Grenoble Alpes

La lutte contre l’isolement est souvent affichée comme une priorité de l’action publique, mais quels sont pour vous les réels contours de cette
problématique ?
« La question de l’isolement est souvent confondue avec celle de la solitude. L’isolement doit être pensé comme absence de relations sociales et distance visà- vis de la vie sociale ordinaire. Les conditions géographiques, de logement, de transports, l’effritement des réseaux relationnels avec l’avancée en âge (Pin et alii, 2001) en sont les facteurs premiers. Cependant, cet isolement n’est pas toujours mal vécu et ne génère pas toujours un sentiment de solitude. C’est pourquoi des personnes très entourées peuvent néanmoins éprouver un fort sentiment de solitude, face à la maladie, à la mort qui approche, à l’indicible de leur condition de fragilité.

La souffrance des personnes âgées se situe le plus souvent du côté de ce sentiment de solitude. Mais les politiques publiques appréhendent plus aisément la problématique de l’isolement. Sur le premier registre, on peut imaginer facilement des solutions qui vont de l’accompagnement individualisé pour des sorties aux visites de bénévoles, en passant par des propositions d’animations collectives. Mais sur le second registre, la seule réponse consiste en une compétence d’écoute et
d’accompagnement individualisés. »

PAROLE DE

47 % des habitants de la métropole de 80 ans et plus vivent seuls, soit 10 770 personnes contre 43% à l’échelle départementale. Plusieurs communes enregistrent des parts supérieures à 50 % telles que Grenoble et notamment ses secteurs nord, Vizille, Domène, ou encore des communes rurales comme
Veurey-Voroise.

repartition des pers agees de 80 ans viv
chiffres isolement personne de 80 ans et

Les conséquences de cette situation peuvent être multiples. Économiques bien sûr, car le fait de vivre seulimpacte le niveau de ressources, tandis que plusieurs
charges restent inchangées (loyer, chauffage, électricité, assurances…). Mais aussi sociales : les personnes seules ont tendance à moins s’investir dans les loisirs et la sociabilité que les personnes en couple. Enfin, sur le plan humain, l’isolement accroît le sentiment d’insécurité, le sentiment de mal-être, voire la perception de l’état de santé. Du fait de la différence d’espérance de vie entre les sexes, la majorité des personnes âgées qui
vivent seules sont des femmes. Ce facteur explique certaines difficultés soulignées : faiblesse des revenus pour une génération de femmes encore marquée par des carrières professionnelles réduites ou absentes, insécurité, isolement par manque de réseau constitué pendant la période d’activité, etc.

Solitude choisie ou subie ? Isolement objectif ou ressenti ?
 

recours en cas de difficultés selons lag
Titre

L’isolement social constitue une préoccupation majeure des professionnelles qui constatent un accroissement des situations de grande solitude couplées à des facteurs de fragilité médico-sociale importante à domicile.Les milieux urbains comme ruraux sont concernés.Les situations rurales sont toutefois plus complexes en raison de l’éloignement géographique et d’une moindre présence des services.

L’isolement social est un facteur de fragilité qui se renforce lorsque d’autres problèmes s’ajoutent (problèmes psychologiques, démences non diagnostiquées, etc.). Ces situations complexes nécessitent une coordination forte entre professionnel-les du social, du médico-social et du sanitaire.

Dans la métropole grenobloise, les résultats de l’enquête IBEST montrent que les personnes âgées constituent le groupe le moins aidé par l’entourage. Tandis que 69 % de l’ensemble des enquêté-es et 88 % des 18-24 ans déclarent avoir reçu des services ou aides au cours des 12 derniers mois, c’est le cas pour seulement 52 % des personnes de 65 ans et plus. Elles déclarent notamment moins de possibilité de recours à la famille ou au cercle amical en cas de difficulté que la plupart des autres tranches d’âge, mais en revanche plus de relations de proximité avec le voisinage.

Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, une vague d’appels a été organisée en mai 2020 par le CCAS de Grenoble auprès des personnes inscrites au sein du registre « Personnes fragiles et isolées » afin de diffuser des messages de prévention et de questionner les personnes sur leurs relations sociales et les conséquences du confinement.

Les 232 personnes interrogées témoignent d’un isolement assez relatif : 76 % déclarent avoir des liens réguliers avec leurs proches et 56 % avec leur voisinage. La sphère familiale constitue le premier réseau de sociabilité du public enquêté, tandis que les liens moins forts avec le voisinage peuvent expliquer la forme d’isolement ressentie par les personnes ayant souhaité s’inscrire au registre.

D’autre part, l’enquête IBEST et celle réalisée par le CCAS montrent que le fait d’avoir des relations fréquentes avec ses proches et d’en tirer de la satisfaction constituent un important filet de sécurité en cas de problème : plus les personnes ont un réseau de sociabilité satisfaisant, mieux elles semblent avoir vécu le confinement. Cet effet « d’entraînement » invite en revanche à une vigilance particulière vis-à-vis des personnes peu entourées.

Parallèlement à ces indicateurs, on observe que les personnes interrogées disposent d’une capacité notable à pouvoir compter sur autrui. 82 % des personnes inscrites au registre du CCAS déclarent en effet pouvoir faire appel à quelqu’un de leur entourage pour être aidées en cas de difficultés. Ce taux est très légèrement inférieur à celui observé dans l’ensemble de la population âgée à Grenoble (88 %) selon l’IBEST.

ZOOM sur l’isolement des personnes contactées par le CCAS de Grenoble après le confinement