Magali Talandier

Professeure en urbanisme et aménagement du territoire à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine (IUGA), adjointe à la direction du laboratoire PACTE et directrice de recherche du programme POPSU grenoblois.

Comment analysez-vous la situation économique grenobloise de ces dernières années, au regard de du présent cahier et de vos propres recherches ?

Depuis 2014 (cf. cahier économie-emploi de l’OBS'Y, 2014, ndrl), les constats n’ont pas fondamentalement changé. Le modèle technopolitain de la région grenobloise est encore d’actualité, faisant d’elle un territoire à la fois productif, exportateur de richesses, mais également susceptible de capter de l’argent public.

En revanche, sa capacité de rebond, de résilience économique, demeure faible et traduit une vraie fragilité. Certes, après les fortes pertes d’emplois de 2007à 2009, l’économie grenobloise a recommencé à créer des emplois, mais moins vite que dans les autres métropoles pour des raisons structurelles (une spécialisation plus forte dans des secteurs exposés) mais également spécifiques (certaines activités progressent moins vite ici qu’ailleurs).

Ces constats sont-ils inéluctables ?

Non, je ne le pense pas, mais il faut accepter de compléter le modèle technopolitain, de l’étoffer par d’autres fonctions métropolitaines comme l’économie de la consommation, l’économie résidentielle et touristique, mais également par ce que j’appelle l’économie de l’intermédiation. Cette dernière recouvre des activités structurantes de services aux entreprises ou aux ménages et constitue un pilier essentiel du développement économique des métropoles. Or, aujourd’hui, la production grenobloise reste centrée sur l’exportation et pas assez sur l’intermédiation, là où Lyon ou Nantes, par exemple, font l’inverse. Enfin, la complémentarité entre les territoires de la grande région grenobloise doit être activée de façon stratégique. Un ressort potentiel existe dans une coopération approfondie avec les territoires voisins, du couloir rhodanien aux frontières suisses et italiennes.

Quels seraient d’autres leviers d’action ?

L’accueil et les aménités urbaines sont à cultiver. Il faut pouvoir se positionner en tant que métropole hospitalière, pour ceux qui veulent y venir ou simplement y passer, mais aussi bien sûr pour ceux qui y vivent. Ces questions ont un fort enjeu économique. Enfin, l’accès aux ressources (eau, énergie, alimentation, matériaux...), leur préservation et leur valorisation relèvent des défis à relever évidents et prioritaires pour l’avenir des territoires et de ceux qui y vivent !

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