Valérie Naddéo

Responsable Lecture publique et archives. Ville de Meylan.

Commentes bibliothèques s’adaptent-elles aux changements de comportement de leurs usagers ?


S’adapter implique de connaître. Mais les données statistiques internes de la bibliothèque bien qu’importantes sont insuffisantes pour décrypter les comportements des usagers et des non usagers. Il est indispensable de penser la bibliothèque dans son territoire et de mesurer autant que possible les activités humaines dans leur ensemble (déplacements, rythmes de vie, moments forts ou calmes du quartier…). Ces observations servent notamment à bâtir une grille horaire d’ouverture la plus pertinente possible.

Les rythmes de vie changent mais aussi les pratiques culturelles et notamment numériques. Une bibliothèque doit vivre dans son époque et accompagner les usages, comme c’est le cas avec le numérique.

La médiation s’adresse avant tout à ceux qui ont besoin d’un cadre didactique pour acquérir une certaine autonomie, ou tout simplement à ceux qui ne sont pas équipés individuellement. C’est autant le cas de familles qui n’ont pas les moyens de s’équiper en informatique que de personnes ne sachant pas utiliser leur matériel.

Mais la bibliothèque en tant qu’équipement public a aussi le pouvoir de répondre au besoin de pratiques collectives et d’animation : tournois de jeux-vidéos, club informatique seniors, ateliers ludiques de programmation… Ainsi, nous constatons la fréquentation par une frange du public qui recherche d’abord le partage. La société offre de nombreux exemples d’implication de l’usager dans les domaines de la politique ou du marketing (démocratie participative, client-concepteur de produit, focus-groupe…). On parle beaucoup de l’expérience utilisateur. On peut donc se demander si l’avenir des bibliothèques ne devrait pas être la co-construit avec les usagers.

Des bibliothèques Tiers lieux dans la métropole, où l’on aurait le droit de parler, de manger… et de lire !

Pourquoi ne pas proposer des contenus d’animation, une réunion de travail, organiser sa propre manifestation dans sa bibliothèque, y passer la soirée… Il ne faut pas oublier qu’à l’heure du web, la hiérarchie classique du savoir, verticale, est en train de céder la place à une organisation horizontale. Cela bouscule le rôle de bibliothécaire qui n’est plus simplement prescripteur, programmateur de contenu, ou médiateur de la culture dominante et académique. L’« usager décideur » ouvre tout un champ de possibles en matière de programmation culturelle, animation d’ateliers, financement, promotion…
De nombreuses constructions récentes de bibliothèques sont issues de la volonté d’innover : on ne compte plus les learning center, fab labs… La bibliothèque Louise Michel (Paris 20ème) est un exemple très cité en France. Les bibliothécaires facilitent l’échange de savoirs et de savoir-faire entre les publics qui enrichissent les ressources, les services, contribuant ainsi activement au fonctionnement global de l'établissement.
On peut rêver pour 2050 d’une bibliothèque lieu de vie, lieu-ressource de la connaissance, des savoir- faire et des cultures, au service des populations, avec un fort potentiel d’innovation sociale

ENTRETIEN

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